Le consumérisme est une ineptie

Je suis récemment tombé sur cette photo, hélas authentique. Il y aurait beaucoup à dire sur la sémantique qu’elle dégage, je me concentrerais ici sur une critique du consumérisme.

Cet être vivant est remarquable : c’est un Sequoia Semperviren, appelé « The Chandelier Tree ». Cet arbre ne possède pas de sénescence comme beaucoup de ses semblables, le mécanisme de réplication de ses cellules ne se dégrade donc pas avec le temps, il est potentiellement immortel et même résistant au feux de forêts. Si on le coupe, il meurt évidemment. 

Avec près de 3500 ans d’âge, ces grands séquoias appellent à l’humilité. Ils traversent le temps et les âges humains avec une facilité déconcertante. Même s’ils ne sont pas les organismes vivants les plus massifs ni les plus vieux, ils nous rappellent que nous sommes des créatures éphémères assujetties à parcourir l’espace mais bloqués dans une période temporelle bornée et intangible.

L'arbre incarne le temps, l'animal incarne l'espace.
Capture
Françis Hallé
Botaniste

Ces organismes méritent le respect. Les gymnospermes sont sur terre depuis le dévonien et les premières forêts carbonifères, notre développement à posteriori est donc hautement lié aux travaux de viabilisations des sols et de l’atmosphère entrepris il y a des centaines de millions d’années par ces organismes. Le carbone qui nous compose vient en partie d’eux.

Enfouissement du carbone - C. Langlois / K. Benzerara

A l’échelle de cette planète, nous vivons depuis quelques secondes seulement et pourtant, tels des enfants, nous détruisons ces ressources par la surconsommation et la déforestation. L’arbre du Chandelier a été creusé de la main de l’homme dans les années 30 pour devenir une attraction touristique : il était (peut être est il encore possible) de payer une poignée de dollars pour passer sous le colosse, à pied ou en voiture. 

Beaucoup d’humains sont sans doute passés sous cet arbre, qu’on t-ils vus ? Ont ils ressentis la souffrance silencieuse exprimée par ce grand organisme, sans doute pour plusieurs millénaires encore ? Savaient ils qu’en payant ce billet ils justifiaient l’utilisation de la violence et de la souffrance pour une problématique pécuniaire ? 

J’aime à dire que l’homme n’est pas un singe mais une forme de vie bien plus stupide et archaïque car le singe, lui, ne détruit pas sa forêt pour des billets qu’il ne peut même pas manger.

Exploitation de bulbes de tulipes, Pays Bas

En Europe, partout sur Terre, nous avons aussi pris la main sur la nature, de la même manière que ces américains qui ont violés ce grand séquoia. 

Il y a longtemps, avant les moines défricheurs du 10ème siècle, notre territoire était couvert de grandes forêts primaires, habitées par un nombre colossal d’espèces végétales et animales. Mais nous avons transformés ces grands réservoirs de biodiversité en immenses déserts agricoles, allant jusqu’à détruire les haies de bocage qui ornaient nos champs du minimum de biodiversité qu’ils abritaient, encore une fois pour des problématiques de rendement et donc finalement, d’argent.

Exploitation agricole - Brésil, 2015

Aujourd’hui avec l’aide de l’agrochimie, du pétrole, la mécanisation et la surexploitation, nous terminons les travaux de défrichage entrepris il y a 1000 ans : nous transformons nos terres en déserts. Nous détruisons des forêts primaires remplies de vie pour travailler des cultivars génétiquement modifiés à l’échelle de milliers d’hectares à l’aide d’épandages massifs de produits phytosanitaires.

C’est une erreur car il ne s’agit même plus de simplement nourrir la population humaine mais plutôt de soutenir la consommation à outrance générée par l’industrie agroalimentaire.

Conclusion

Un jour quelqu’un s’est réveillé avec l’idée saugrenue de creuser un arbre pour se faire du pognon. Le lendemain, un autre a eu l’idée de brûler une forêt primaire pour cultiver une seule variété. Un troisième a eu l’idée d’utiliser la chimie pour augmenter les rendements, un quatrième a construit un tracteur pour produire plus. Un cinquième a rentabilisé l’utilisation croisée de ces solutions techniques.

En 3000 ans personne ne s’est jamais demandé comment la nature fonctionnait, s’il était possible de copier ces mécaniques ancestrales pour répondre à nos besoins en eau et nourriture, en respectant les vies animales, végétales, bactériennes et fongiques. Permaculture, biomimétisme ou autre, la solution aux famines réside dans l’observation

Chaque vie sur cette planète vaut bien la mienne, autant que celle de chaque humain. Si nous sommes incapables d’observer et de reproduire, nous mourrons, étouffés par notre soif d’argent.

Vous qui me lisez, je vous en prie, protégez la vie. Elle le mérite.

Agroforesterie - Ministère de l'Agriculture
Catégories : AgricultureAvis

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